Jeudi, 26 Août 2010 17:15

Mgr Basile Mvé Engone surfe sur le site officiel de l'Eglise Catholique au Gabon, et clique sur les liens "Sa Sainteté le Pape Benoit XVI" et "Vatican - Saint Siège"
Quel est votre sentiment, Mgr, en ce trentième anniversaire de votre épiscopat ?
Je considère le trentième anniversaire de mon épiscopat, que je célèbre aujourd’hui, comme trente années d’actions de grâces que je rends à Dieu pour m’avoir conservé en vie durant tout ce temps, pour m’avoir aidé à accomplir la mission qu’Il m’a confiée. Cette mission est celle de proclamer l’évangile et de cheminer avec des hommes, femmes et des jeunes sur ce chemin qui nous mène à son royaume où il nous attends tous.
Quelles sont les motivations de l’Eglise catholique au Gabon à se doter d’autant de médium ?
Aujourd’hui, on ne peut plus se passer de l’Internet et le Pape nous a invité (l’Eglise catholique), à nous impliquer dans la gestion de ce nouveau support qu’est le numérique, cette nouvelle technologie de communication. Puisque l’église est communicatrice, elle doit annoncer l’Evangile, elle doit la communiquer, la partager. Elle doit donc utiliser tous les moyens dont se servent les gens pour communiquer entre eux.
Or, l’Internet est un moyen nouveau une technologie nouvelle. L’Eglise ne peut pas être en marge de cette technologie. Il faut qu’elle s’implique, qu’elle l’utilise pour l’évangélisation, pour la proclamation de la bonne nouvelle du Salut. Le Pape nous a invités à avancer dans ce sens, et nous sommes heureux, avec les communicateurs catholiques qui ont a pu mettre en place ce site de l’Eglise catholique au Gabon.
Durant vos premiers trente ans d’épiscopat, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
Ce qui est le plus frappant pour moi c’est ma proximité avec Dieu. Il y a eu des moments difficiles, mais si j’ai réussi à les surmonter, c’est parce que Dieu était avec moi et c’est cela aussi, que je célèbre pendant ces trente ans. C'est-à-dire que Dieu ne m’a pas abandonné, il a toujours été là et m’a toujours aidé à rebondir dans les moments qui me semblaient difficiles mais avec son secours j’ai toujours réussi à repartir avec joie pour renaître à nouveau au service de la mission qu’il m’a confié. Cette présence effective de Dieu dans ma vie, dans la vie des hommes c’est ce qui m’a le plus frappé pendant ces trente ans.
Vous rappelez-vous de ce que vous avez ressenti en tant que Président de la Conférence Nationale ?
C’était un moment important qui allait aussi dans le sens de la proclamation de l’Evangile. Je l’avais dit à l’époque, c’est en servant de l’Eglise, que j’ai servi mon pays et en servant mon pays, je sers l’Eglise.
J’étais également animé par le sentiment d’aider les différentes composantes de la classe politique à sortir de la situation de tensions dans laquelle le pays se trouvait. Il s’agissait, par le dialogue et la concertation, de créer des conditions nouvelles, un esprit nouveau pour vivre comme des frères et sœurs. C’était le climat qui prévalait au retour de la démocratie. Je pense que c’était nécessaire à l’époque. C’est ainsi que nous avons pu réunir les conditions d’apaisement indispensables pour organiser une élection présidentielle multipartite, élire un nouveau Président de la République, constituer un nouveau gouvernement.
Je dirais qu’il s’agissait d’un gouvernent d’unité, de paix pour avancer dans la réorientation de notre pays, un pays qui utilise toutes ses diversités pour sa construction. Les diversités économiques, culturelles, régionales, ethniques, provinciales, utiliser toutes ces diversités pour construire un Gabon uni. Un Gabon qui soit la patrie de tous, où chacun puisse se retrouver chez lui, au nord, au sud, au centre, à l’est et à l’ouest. Pour que non seulement, lorsque nous sommes à l’extérieur, nous ressentions la nécessité de dire « Je suis Gabonais » lorsque nous voyons notre drapeau, mais surtout pour que, lorsque nous sommes à l’intérieur de notre pays avec le même drapeau, nous nous sentions toujours Gabonais. Qu’il n’y ait pas de division, de tension.
C’est cela que nous avons essayé de favoriser durant les assises de la Conférence nationale : être Gabonais dans la diversité, mais toujours orienté vers la construction du Gabon. Les sentiments qui animent chacun de nous doivent être ceux là, à quelque niveau que l’on soit, et quel que soit son engagement pour le pays. Ce sont ces sentiments là qui doivent nous guider. Je suis là pour apporter ma contribution dans la construction d’un Gabon uni dans sa diversité.
Cinquante ans après l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, avez-vous l’impression que l’objectif a été atteint ?
Cinquante ans, c’est peu pour une démocratie. Mais on avance. Cette unité, c’est nous qui la faisons ; l’unité ne viendra pas seule. La diversité est là, les problèmes qui se posent sont là, mais si nous voulons véritablement construire un Gabon uni, fraternel, où tous les Gabonais d’où qu’ils viennent, se sentent filles et fils d’un même pays, alors le développement viendra.
Si nous ne sommes pas animés par cette volonté de construire notre pays, pas de le construire seul mais avec les autres ; si cette volonté ne nous anime pas, nous ne pourrons pas construire le Gabon. C’est comme dans une famille : s’il y en a qui ne veulent pas suivre les orientations données, la famille ne pourra jamais être unie car il y en aura toujours qui vont s’en écarter. C’est cela aussi, nous formons une grande famille, nous devons tous nous engager dans la construction de cette famille.
C’est cela, à mon avis, le plus important ; c’est le défi que nous devons relever, chacun à sa place, et son groupe là où il est, dans sa spécificité, dans ce qu’il veut réaliser. Ce groupe doit avoir dans la tête ce souci là : « Je ne suis pas seul, je suis avec d’autres », pas avec ceux qui me connaissent ou qui m’applaudissent, mais avec ceux qui ne partagent pas les mêmes vues pour le développement du Gabon que moi. Je dois savoir qu’avec ceux là aussi, je dois construire le Gabon, car nous sommes tous Gabonais. Quelles que soient nos tensions ou divergences, nous devons les surmonter pour le bien supérieur du Gabon. Il est supérieur à ma vue et à celle de l’autre.
C’est un bien que chacun peut s’approprier pour son épanouissement. C'est là notre volonté, travailler avec tous nos frères, sans discrimination. La seule question que nous devrons nous poser est : « Est-ce un Gabonais ? Je travaille avec lui pour construire notre pays ».