La vie de Mgr Bessieux: Préparatifs pour l’implantation au Gabon des “Soeurs bleues”

Nous poursuivons la saga épistolaire de la vie de Mgr Jean Rémi Bessieux, fondateur des premières missions catholiques au Gabon. Sa famille humaine s’apprête à recevoir une cinquantaine de jeunes Gabonais, en partance pour les Journées Mondiales de la Jeunesse à Madrid (Espagne). Les pèlerins se rendront à Vélieux, village natal de Mgr Bessieux. La lettre de ce mois est consacrée aux préparatifs pour la venue au Gabon de la congrégation des religieuses de l’Immaculée Conception de Castres, plus connues sous le vocable deSoeurs bleues.

bessieuxVoir Les articles sur les activités de la congrégation de l’Immaculée Conception de Castres au Gabon

Jean-Rémi Bessieux est  de retour en France pour un repos relatif. Tout en reprenant des forces, il ne demeure pas inactif : Il répond aux mille questions du Père Libermann, il revoie patiemment ses travaux en mpongwé.  Afin d’avoir des instruments indispensables à l’évangélisation, il fait imprimer à Amiens un essai de grammaire de la langue indigène, un petit vocabulaire, un catéchisme et une traduction des évangiles.

Sa deuxième grande préoccupation est de préparer des Sœurs pour le Gabon pour créer la famille chrétienne. Pour cela il fallait faire l’éducation religieuse et morale de la femme africaine et, pour ce soin, la décence exigeait qu’on eut des Sœurs missionnaires.

Ce retour de Jean Rémi Bessieux et son éloquent plaidoyer fait d’expérience et de choses vues furent ce qui décida définitivement la bonne Mère Emilie de Villeneuve. L’envoi en Afrique des Sœurs du Couvent Bleu de Castres fut définitivement résolu et quatre premières religieuses, les Sœurs : Paule, Joséphine, Louise et Cécile furent désignées pour accompagner J.Rémi à son retour en Mission.

Pendant que le Père Bessieux jetait les fondements de la Mission du Gabon, le P. Libermann avait pourvu à la nomination d’un vicaire apostolique pour la Mission de la Guinée dont le Gabon n’était qu’un point et qui comprenait alors toute la côte ouest-africaine. L’évêque désigné était un prêtre de la Communauté de la Neuville : Mgr Benoit Truffet. Nommé en janvier 1847, il arrive à Dakar le 8 mai 1847.

Le Père Libermann termine une longue lettre à Mgr Truffet : «  J’ai nommé M. Bessieux Supérieur Provincial ou Visiteur général. »

Au bout de six mois, Mgr Truffet meurt à Dakar. Pour la 2è fois en 4 ans la responsabilité et l’avenir de l’Afrique Occidentale retombaient à peu près entièrement sue les épaules du Père Bessieux.

Pendant son séjour en France, négligeant un peu sa santé, il prépare le départ des Sœurs bleues, donne tous les conseils pour leur nouvelle vie en Afrique, précise ce qu’il faut emporter : Lettre du 31octobre 1847 à E. de Villeneuve

« 1° Lits :

1- Un pliant avec une forte toile et non avec des sangles, est ce qui convient le mieux.

2- Le matelas en crin convient mieux, c’est plus léger, plus frais : il en faut un pour le voyage, mais on en fait pas provision. Le pays en fournira pour la suite.

3- Les draps peuvent être en coton, au moins en partie, c’est moins cher ; nous en achetons ainsi pour nous_ au reste c’est à votre goût et à votre sagesse.

4- Les couvertures légères en laine, telles qu’on les vend ordinairement à ceux qui ont peu d’argent à y mettre, conviennent mieux que celles en coton. Des couvertures piquées légères vont fort bien quand on peut se passer de couverture de laine. Je ne vous conseille pas les couvertures en coton, j’en ai fait l’expérience.

2° Habillement.

1-Je vous conseille d’avoir trois gilets de flanelle. C’est très salutaire pour certains temps de l’année.

2-Les robes ne doivent pas être toutes légères ; le drap est nécessaire au mois de janvier, il convient qu’il soit plus léger qu’en France, c’est entendu.

3- Pour les voyages il est souvent indispensable pour les dames d’avoir des pantalons : il n’y a que les grands navires de l’Etat qui soient installés commodément pour toute personne. Au reste, comme dans les pays étrangers on est souvent obligé de faire des traversées pour aller des navires à terre, ou d’une terre à l’autre dans des embarcations, il convient que toutes les sœurs missionnaires l’adoptent comme partie essentielle du costume religieux dans les voyages sur mer.

4-Souliers. Les souliers ordinaires bons contre la pluie sont indispensables il faut qu’ils soient très bons. Recommandez à votre cordonnier du solide contre l’eau de mer. Pour le temps sec, au Sénégal, des souliers en étoffe serrant à la cheville sont très bons contre le sable ;( espèce de brodequins), une paire de galoches pour le temps des pluies.

5- Des bas de fil, de coton, mais il en faut en laine aussi.

3° Cuisine

Une petite batterie en fer battu. Au port de mer nous achèterons les principaux articles pour économiser les frais de port. Il faut l’essentiel tout simplement.

4°Pharmacie

Vous pouvez faire provision des fleurs et des herbes médicinales qu’on trouve dans le pays. Mettez  les dans des boîtes en fer blanc que vous ferez souder pour garantir de l’humidité de la mer.

A Paris j’achèterai, pour votre petite pharmacie, ce qui convient en achetant pour nos confrères et pour nous.

5° Faites provision de graines de légumes, de fleurs. Enfermez-les dans des bouteilles ou dans des boîtes soudées.

6° Provisions de bouche : des pruneaux, des raisins secs, des figues, des amandes, voilà à peu près ; le tout conditionné dans des barils à l’épreuve de l’eau plutôt que dans des caisses.

Les articles ci-dessus ne sont pas essentiels : les pruneaux seuls font partie de la pharmacie. La sainte pauvreté doit présider au départ. Nous allons dans un pays où l’on se procure, un peu plus cher, il est vrai, toutes les choses nécessaires et celles même dont la délicatesse des gens du monde ne peut se passer : dans les besoins et dans les maladies on a recours aux marchands ; ils ont toujours de quoi fournir.           Ce qui doit vous mettre en pleine paix sur les besoins à venir de nos chères sœurs. Simplicité et confiance.

J’ai fait commander à Nantes du beurre en boîte de fer blanc pour nos deux maisons, je vais y ajouter un tiers en plus pour la troisième maison de nos sœurs : il sera envoyé tout ensemble.

Je pourvoirai à l’article du vin et je vous écrirai s’il est nécessaire, cela dépendra du lieu de l’embarquement. Si dans la traversée on devait toucher à quelqu’une des Canaries, ce serait là qu’il conviendrait de faire la provision de vin. Nous vous informerons avant le départ……. »

J.Rémi n’a pas oublié sa famille qu’il ira visiter brièvement lors de son voyage à Castres :

« …J’ai quelques jours à passer à Toulon pour assister au conseil de santé à l’effet d’obtenir un congé de convalescence. Je prendrai le bateau vapeur jusqu’à Sète et de là le bateau de poste jusqu’à Argeliers, près de Quarante. Je compte y être rendu le 15 avril. Comme j’ignore l’heure du passage du bateau, je n’en partirai que le seize au matin après la Ste Messe. Je désire que vous m’envoyiez chercher le seize, un âne suffit pour ma petite malle et un autre pour me porter moi-même…. » écrit-il à ses parents le 9 avril 1846.

Fin novembre, Jean Rémi Bessieux, accompagné de MM. Bronnec et Ronarch , des frères Claude, Joseph et Jean-Marie quittent La Neuville pour Brest d’où ils vont embarquer pour l’Afrique avec les premières Sœurs Bleues de Castres à destination de Dakar.

Le 10 janvier 1848, arrivée de J.Rémi à Dakar où il apprend la mort de Mgr Truffet. Dakar ne devait être qu’une courte escale. Il y restera en réalité presqu’un an jusqu’à ce qu’il soit rappelé en France pour apprendre qu’il doit succéder à l’évêque défunt.

Sources:
Archives de la famille Bessieux
Archives de la Congrégation du St Esprit à Chevilly
Livre de l’abbé Granier «  l’apôtre du Gabon Mgr Bessieux »
Les travaux du Père Gérard Morel
Le livre du Révérend Père Roques « le pionnier du Gabon. »

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